UE4 · Mathematiques et biostatistiques · S1

CM2 : Logarithmes et exponentielles en médecine

Cours de médecine gratuit, publié par Capsule Med.

Cours Officiel

CM2 : Logarithmes et exponentielles en médecine

De nombreuses grandeurs biologiques n'évoluent pas en ajoutant toujours la même quantité. Une population bactérienne peut augmenter d'un même pourcentage par unité de temps ; une concentration médicamenteuse peut perdre la même proportion à intervalles réguliers. Ces évolutions sont décrites par les fonctions exponentielles.

Le logarithme effectue le chemin inverse. Il permet de retrouver un temps dans une loi exponentielle et de comprimer des valeurs qui s'étendent sur plusieurs puissances de dix. C'est pourquoi il intervient dans le pH, les décibels et les dilutions.

Fonction exponentielle : propriétés, dérivée, croissance et décroissance exponentielle

La fonction exponentielle de base ee est notée xexx\mapsto e^x, avec e2,718e\simeq 2{,}718. Elle vérifie e0=1e^0=1 et reste strictement positive, quel que soit xx. Elle transforme une addition en multiplication : ea+b=eaebe^{a+b}=e^a e^b. On en déduit notamment ea=1/eae^{-a}=1/e^a et eab=ea/ebe^{a-b}=e^a/e^b.

Sa propriété essentielle en modélisation est que sa dérivée est égale à elle-même : (ex)=ex(e^x)'=e^x. Pour une fonction du temps f(t)=Aektf(t)=A e^{kt}, on obtient f(t)=kf(t)f'(t)=k f(t). La vitesse de variation est donc proportionnelle à la quantité présente. C'est précisément la situation décrite par un pourcentage de croissance ou de décroissance constant par unité de temps.

Si A>0A>0, le signe de kk détermine le sens de variation. Lorsque k>0k>0, f(t)>0f'(t)>0 et la quantité augmente ; lorsque k<0k<0, f(t)<0f'(t)<0 et elle diminue. L'exposant ktkt doit être sans unité : si tt est exprimé en heures, kk s'exprime en h1\mathrm{h}^{-1}.

Cette formule ne signifie pas que la quantité gagne ou perd un nombre constant d'unités. Entre tt et t+Δtt+\Delta t, elle est multipliée par ekΔte^{k\Delta t}. Le changement relatif est donc le même pour des intervalles de temps de même durée.

Les deux courbes suivantes partent de la même valeur relative 11. Elles rendent visible le rôle du signe de kk sans imposer de contexte biologique particulier.

La courbe croissante devient de plus en plus raide, car une même proportion s'applique à une quantité de plus en plus grande. La courbe décroissante perd au contraire des quantités absolues de plus en plus petites.

Fonction logarithme népérien et décimal : propriétés, relation avec l'exponentielle

Le logarithme répond à une question inverse : à quelle puissance faut-il élever une base pour obtenir un nombre donné ? Le logarithme népérien, noté ln\ln, utilise la base ee. Ainsi, ln(ex)=x\ln(e^x)=x et, pour x>0x>0, eln(x)=xe^{\ln(x)}=x.

Le logarithme décimal, noté log10\log_{10} ou souvent log\log sur les calculatrices, utilise la base 1010. Par exemple, log10(1000)=3\log_{10}(1000)=3 parce que 103=100010^3=1000. Sa fonction inverse est x10xx\mapsto 10^x. Il faut vérifier la notation de la calculatrice : la touche ln correspond à la base ee, tandis que la touche log correspond habituellement à la base 1010.

Dans les nombres réels, on ne peut prendre le logarithme que d'un nombre strictement positif. Les règles de calcul transforment les produits en sommes, les quotients en différences et les puissances en produits. Elles expliquent pourquoi les logarithmes simplifient les modèles multiplicatifs.

Les mêmes règles valent pour log10\log_{10}. Le changement de base relie les deux notations : log10(x)=ln(x)/ln(10)\log_{10}(x)=\ln(x)/\ln(10). Pour résoudre Q=Q0ektQ=Q_0e^{kt}, on écrit donc ln(Q/Q0)=kt\ln(Q/Q_0)=kt, puis t=ln(Q/Q0)/kt=\ln(Q/Q_0)/k lorsque k0k\neq 0.

ln(a+b)\ln(a+b) n'est pas égal à ln(a)+ln(b)\ln(a)+\ln(b). De plus, une formule comme ln(Q/Q0)\ln(Q/Q_0) porte sur un rapport sans unité, et non sur une grandeur isolée exprimée en grammes ou en litres.

Modèles de croissance et décroissance : croissance bactérienne, décroissance radioactive (demi-vie)

Une population bactérienne en phase de croissance exponentielle double à intervalles réguliers si les conditions restent stables. Si TdT_d est le temps de doublement, le nombre de bactéries est multiplié par 22 chaque fois que tt augmente de TdT_d. On peut écrire le même modèle avec une puissance de 22 ou avec une exponentielle de base ee.

Cette description n'est valable que pendant la phase exponentielle. Dans une culture réelle, les nutriments finissent par manquer et les déchets s'accumulent ; le modèle ne doit donc pas être prolongé indéfiniment. Il décrit une portion de l'évolution, pas toute la courbe de croissance bactérienne.

À l'inverse, une décroissance radioactive est caractérisée par une demi-vie T1/2T_{1/2} : après chaque demi-vie, le nombre de noyaux non désintégrés est divisé par deux. Ici, on utilise uniquement cette loi mathématique et la notion de demi-vie ; les mécanismes physiques de la radioactivité relèvent d'un autre enseignement.

L'écriture en base 22 est la plus intuitive pour compter des doublements ou des demi-vies. L'écriture en base ee devient utile pour dériver la fonction et pour relier la durée caractéristique à la constante kk.

Voici un calcul bactérien guidé. Une culture contient initialement 500500 bactéries et double toutes les 3030 minutes pendant la phase exponentielle. On cherche l'effectif après 22 heures.

Le calcul d'une décroissance suit la même démarche avec un exposant négatif. Si une quantité radioactive a une demi-vie de 66 heures, il reste après 1818 heures N0218/6=N0/8N_0\,2^{-18/6}=N_0/8, soit 12,5%12{,}5\,\% de la quantité initiale. La constante de décroissance associée vaut λ=ln(2)/T1/2\lambda=\ln(2)/T_{1/2}.

Une demi-vie constante signifie que la fraction de noyaux qui se désintègrent est constante par rapport au nombre de noyaux encore présents au début de chaque intervalle. Le nombre de désintégrations diminue : N0/2N_0/2 noyaux se désintègrent pendant la première demi-vie, puis N0/4N_0/4 pendant la deuxième, puis N0/8N_0/8 pendant la troisième.

Applications au pH : échelle logarithmique, calculs (rappel UE1)

Les concentrations en ions oxonium peuvent varier sur de nombreuses puissances de dix. Le pH les exprime sur une échelle plus compacte grâce au logarithme décimal négatif. Dans l'écriture simplifiée utilisée ici, pH=log10([H3O+])\mathrm{pH}=-\log_{10}([\mathrm{H_3O^+}]).

La définition rigoureuse porte sur l'activité des ions oxonium, grandeur sans dimension. Dans une solution suffisamment diluée, on assimile cette activité à la concentration rapportée à la concentration standard de 1 molL11\ \mathrm{mol\,L^{-1}}. Cette approximation permet les calculs élémentaires sans développer la thermodynamique chimique.

Le signe moins inverse le sens de lecture : quand la concentration en ions oxonium augmente, le pH diminue. Une différence d'une unité de pH correspond à un facteur 1010 sur cette concentration ; une différence de 0,30{,}3 correspond à un facteur 100,3210^{0{,}3}\simeq 2.

Pour garder un argument sans dimension, posons c=[H3O+]/(1 molL1)c=[\mathrm{H_3O^+}]/(1\ \mathrm{mol\,L^{-1}}). La formule devient pH=log10(c)\mathrm{pH}=-\log_{10}(c), et sa relation inverse est c=10pHc=10^{-\mathrm{pH}}. Le calcul suivant détaille les étapes pour une concentration de 2,5×107 molL12{,}5\times10^{-7}\ \mathrm{mol\,L^{-1}}.

À l'inverse, un pH de 7,407{,}40 correspond, dans la même approximation, à [H3O+]107,40=4,0×108 molL1[\mathrm{H_3O^+}]\simeq10^{-7{,}40}=4{,}0\times10^{-8}\ \mathrm{mol\,L^{-1}}. Comparer des pH demande donc de comparer des rapports, pas de simples écarts de concentration.

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